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Mercredi 15 octobre 2008 3 15 /10 /2008 10:48


Une bien bonne surprise ce soir aux Disquaires où l'on a assisté à l'adaptation théâtrale du roman de Nicolas Rey Courir à Trente ans par Elodie Lavoute.

Une bonne surprise car si on était assez curieux de voir une représentation dans le bar-concert-boîte de la rue des Taillandiers, on était assez dubitatifs quant à l'intérêt de mettre en scène ce texte qu'on avait vaguement lu à sa parution et qui ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable.
On en gardait l'impression d'un roman à la prose "dans le vent", et rempli de pensées pseudo-philosophiques de trentenaire bobo à tendance dépressive.
Du coup, on craignait de s'ennuyer un peu, voire même d'être un peu agacé...

C'est le contraire qui s'est produit. On a (re)découvert un texte sensible et intimiste, tendre, doux-amer avec une pointe d'acidité, à l'ellipse et au laconisme subtils mais néanmoins capable de belles envolées.

"Courir à trente ans" donne voix à quatre personnages traversés par les mêmes doutes, les mêmes interrogations: les désillusions des trentenaires en manque de repère, leur façon de vivre les rapports amoureux et sociaux, les rêves auxquels il faut renoncer pour entrer vraiment dans la vie "adulte", la nostalgie de l'enfance et de la prime adolescence.

Accompagné par un guitariste en semi-improvisation, et quelques passages en voix off, Christophe Lomenec incarne seul ces quatre personnages avec justesse, spontanéité et intelligence.



On aurait peut-être aimé que le passage d'un personnage à l'autre soit plus marqué (il ne l'est que par un léger changement de costume, et peu de modification de jeu) mais la prise de parole finale dissipe toute incompréhension, et la pièce retombe sur ses pattes après s'être amusée à nous questionner sur les identités.

Le travail de mise en paroles du verbe est brillant, sachant rendre vivant et touchant un texte assez brut, dépouillé, aux phrases brèves et souvent sans verbe ou à l'infinitif.
C'est un joli tour de force que de parvenir à le jouer vraiment, avec âme et ressenti, sans impression de récitation, sans lourdeur.
L'accompagnement musical contribue aussi à apporter ce supplément d'âme de manière légère et impressionniste, complice et à-propos.


Iincontestablement, la sauce prend, dans le rire doux-amer comme dans la tendresse ou le désespoir profond virant parfois au tragique.


Quelque soit le registre, on est profondément touché par ces confessions qui nous sont directement adressées, et point n'est besoin d'être un trentenaire pour cela...

On regrette juste que Les Disquaires et leur agencement ne permettent pas la mise en oeuvre complète des intentions scénaristiques d'Elodie Lavoute (projections vidéos pour situer l'action et voix-off qui sont un peu trop rares), mais ce dépouillement un peu imposé n'entrave en rien notre plaisir et sans doute nous permet-il d'apprécier davantage encore le texte.

On souhaite longue route à cette pièce et on vous conseille d'aller aux Disquaires la découvrir...


Courir à Trente Ans
Adapté et mis en scène par Elodie Lavoute
Avec Christophe Lomenech et Tristan Claudel
Prochaines représentations à 21h,  les 21 et 28 octobre aux Disquaires
6 bis Rue des Taillandiers 75011 Paris

Par laure dasinieres - Publié dans : Scènes
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