Le China, club restaurant proche de Bastille, se prêtait bien au premier concert de la tournée parisienne de Jean Fauque.
En effet, le sous-sol de cet endroit tapissé de velours rouge était en parfaite adéquation avec l’esprit du premier album de ce grand song writer français, « 13 aurores » : convivial et
chaleureux.
Accompagné par un pianiste talentueux, , Jean Fauque a rendu un bel hommage à la langue française.
Réputé pour la finesse de ses textes aux différents niveaux de lecture et pour ses jeux de mots, il se l’approprie aisément et joue avec les mots, leurs sonorités et leurs tonalités.
Il n’hésite pas à reprendre des expressions familières pour les détourner de leur contexte originel, parfois à la limite du non sens et créer ainsi une sorte de jeu verbal au cours duquel le public
est dans l’attente de sa prochaine subtilité.
Mais au delà de ces exercices de style, ce qui frappe avant tout chez ce crooner aux intonations gainsbouriennes, c’est la profondeur et la mélancolie de ses textes (mis en musique par Christian
Gaubert et Jean Pierre Mas pour ne citer qu’eux).
Lorsqu’il murmure de sa voix grave nicotinée ses belles balades, il donne l’impression d’opérer une sorte de catharsis : conscient de n’avoir aucune emprise sur le temps qui passe, il se résigne à
chanter en faisant un beau pied de nez à la mort.
Sans prétention mais avec beaucoup de sincérité et de tendresse, Jean Fauque nous a donc emmenés en croisière et a prouvé qu’il était un très bon exemple de ce que l’on appelle, trop souvent à
tort, les auteurs compositeurs interprètes.