C'est dans sur une scène vide, habillée uniquement d'effets de lumières que Laure Salama apparaît, telle une diva
TimBurtonnienne, intrigante, sexy.
On est surpris, dérouté. Elle prend la parole avec emphase, gravité, lyrisme pour aborder de but en blanc le plaisir sexuel... On craint d'abord un spectacle intello-poseur, égocentrique et
bavard...
Mais, très vite, le charme opère.
Et l'on pénètre son jeu dans lequel tout le long d'un monologue détonnant, elle va s'engager dans une partie de Street Fighter avec les mots, les dialogues, les phrases toutes faites et prendre à
contre pied les clichés sur la femme, la féminité, le couple, les rapports mère-fille, et de façon générale, la bienséance et le conventionnel régissant nos vies.
Radicale, exceptionnelle de charisme, toute aussi emplie d'arrogance que de sensibilité, d'outrance que de subtilité, tour à tour fatale et débraillée, Laure Salama dérange et fascine.
Captive.
C'est que, dans une certaine folie verbale, sans complexe, elle se fait miroir de nos vies et interpelle nos aspirations conscientes et inconscientes, nos doutes, nos frustrations, questionne le
sens de nos vies souvent guidé par le seul but de suivre le fil attendu, la ligne toute tracée.
En se lançant dans un malaxage systématique des mots, où s'associent cérémonie et grandiloquence et thèmes de la vie ordinaire, Laure Salama évoque la transe de la Pythie greque qui sous des propos
en apparence abscons détient les clés de nos interrogations.
Elle impressionne par sa faculté à mêler le familier et le poétique et surtout par son talent à passer en l'espace d'une seconde d'un registre à un autre, d'une émotion à une autre tout en
conservant une cohérence décalée et en instaurant un climat profondément singulier.
Amertume, regret, lassitude, ennui, rire, audace, ironie, passion, espérance... s'entremêlent et se répondent avec force et vigueur, avec humour souvent, avec réalisme et bon sens, toujours.
Exploitant toutes les potentialités de sa voix, de son corps et des accessoires/costumes dont elle dispose, Laure Salama mène une véritable performance scénique au charme paradoxal, vénéneux,
trash, grave et drôle.
On applaudit l'auteure-comédienne, on salue sa force de caractère, son inventivité, son aplomb, son courage.
Ce "seule en scène" est met à mal, pour notre plus grande satisfaction ce qu'on pourrait attendre d'un "one woman show" et c'est une réussite, preuve d'un talent hors norme!
Laure Salama est encore ce mercredi soir au Café de la Danse, on vous conseille
vivement de vous laissez, vous aussi fasciner, et on espère que son "vie et mort d'une parole ordinaire" va tourner et rencontrer le succès qu'il mérite!