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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 10:33
A la fois fragmentaire et cohérente, exigeante sans être pédante, brute et foisonnante, la musique du duo belge Patton, découverte ce mercredi soir à la Maroquinerie, déroute autant qu’elle captive.
Inconfortable un peu, intrigante et hallucinatoire beaucoup, comme un appel à faire dériver notre imaginaire, elle trouve des échos tant dans le math rock et l’expé que dans le blues rural et le folk sans pour autant que des équivalences claires s’imposent à notre esprit de comparaison.

Complexe, raffinée autant que rugueuse et frontale, elle fonctionne sous la forme de séquences sonores, de bribes instrumentales et vocales tout en conservant une certaine forme de fluidité.

Chaque morceau, quoique construit presque comme un cadavre exquis, trouve une cohérence et parvient, ce malgré une construction enchevêtrée et turbulente, à toucher à l’affect, au sensible, au corps et à l’âme.

Cette forme d’harmonie trouvée dans l’instabilité et la fluctuation nous permet, oreilles attentives que nous sommes, non pas de chercher à déconstruire le son, mais bien plutôt à s’autoriser à s’y égarer.
Nous n’avons pas d’indice, mais nous n’en cherchons pas, ou peu, et laissons notre esprit vagabonder sur ces vagues ondoyantes et prenantes.

Enchevêtrement, donc, voilà le terme qui qualifierait le mieux la musique de Patton, nivellements de rythmiques, de voix et de boucles.

Par un agencement composite de samples et par un travail de voix entre chant abrupt, scansion et spoken word où anglais et français se répondent et se confondent, le duo batterie/guitare se donne les moyens d’offrir un son abouti, riche et tumultueux.


A l’ossature lo-fi, les arrangements offrent profondeur et intensité, un pouvoir d’attraction incomparable et singulier.
Patton réussit le tour de force de faire de son concert, non pas, comme d’aucun pourrait le craindre, une pure démonstration d’expérimentations sonores, poseuse voire agaçante, mais une véritable expérience sensible.

Bien que globalement insaisissable et abstraite, leur musique ouvragée offre des points d’accroche qui nous permettent de pénétrer (ne serait-ce qu’à demi, par une encoignure de porte) leur univers et résonne longtemps dans notre esprit  tant mis à mal et bouleversé que flatté qu’on lui propose un son aussi intelligent.
La voie toute personnelle et audacieuse qu’explore Patton dans son épopée « chevaleresque » semble inépuisable.
Leur album « Hellénique chevaleresque récital » (sorti chez Prohibited Records) pourra bien être de ceux que l’on passe inlassablement parce qu’on est sûr d’y trouver à chaque écoute une invention supplémentaire.
Par laure dasinieres - Publié dans : Chroniques de concerts - Communauté : webzine musical
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