Nous

Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /2009 10:38
Elle chante être"éprise de l'humanité toute entière face à la crise" et cette promesse de générosité n'est pas, chez Charlotte Guy, chose vaine.

C'est une femme passionnée, passionnelle, lumineuse, aussi souriante et spontanée que fougueuse, tant féline que reptilienne, que l'on a découverte sur la scène des Trois Baudets ce mardi soir, accompagnée de Yann Fery guitariste et producteur avec lequel elle travaille étroitement et d'Etienne Galochet à la batterie.
Ensemble -d'où le Charlotte etc...,  ils livrent une musique habitée, d'une force énorme, brute, tout en demeurant touchante et sensible, pleine de pulsations organiques.

De sa voix claire, parfaitement bien placée, intense, sensuelle qui sait aussi bien asséner, scander que murmurer, Charlotte explore des territoires musicaux apparemment contradictoires - de la chanson au post rock, et c'est sous des cieux orageux et tempétueux qu'elle en réussit l'hybridation pour construire un son singulier, oscillant sans cesse entre violence et douceur.

Elle dresse des ponts, vaillamment et avec charisme, à l'image des deux reprises abouties qu'elle nous a offertes: Niagara et Elliot Smith, elle brasse les genres, il y a chez elle aussi bien du Bashung que du PJ Harvey...
Elle dit avoir tout son temps, on lui en sait gré d'autant qu'elle ne nous laisse pas une seconde de répit et nous captive de bout en bout.
Son chant est posé sur des arrangements atmosphériques, charnels particulièrement soignés et riches, où les riffs de guitare tantôt larsenés tantôt ciselés électrisent autant qu'ils hypnotisent et où les rythmiques, aussi tribales que rock, emportent par leur acuité et leur technicité.
En français comme en anglais, les mots de Charlotte résonnent en nous, une écriture onirique au charme lunaire, opulente et concise, qui ne va pas sans rappeler (malgré sa personnalité) Dominique A, Cadiot ou Breut.
Il y a chez ce trio un art magnifique de ménager des ponts, que l'on ne saurait concevoir comme des pauses mais bien plutôt comme une manière subtile de faire monter la tension pour mieux nous entêter et nous happer.
Ils nous ouvrent, avec un bonheur tangible d'être sur scène,  les portes d'un univers musical radical et passionnant, aussi réfléchi qu'enfiévré et imposent une prestation spontanée, au caractère bien trempé mais affranchie des codes comportementaux rock habituels.

Par laure dasinieres - Publié dans : Chroniques de concerts - Communauté : Parlons Zic !
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