On s’était demandé comme ça un peu sur le mode de la plaisanterie s’il fallait porter du rose pour aller découvrir
The Big Pink, combo nouvellement signé chez Beggars (4AD)...
Zn fait, c'est le noir qui était plutôt de mise ce mercredi soir au Point Éphémère.
Un noir subtil, baigné dans le brume pour une atmosphère habitée...
Rien de très happy face, malgré leur nom, donc, mais The Big Pink nous accroche néanmoins le sourire aux lèvres.
Non pas parce que le son qu'ils sortent est joyeux mais parce que dans la profusion des groupes qui, parce qu'ils mêlent rock, électro et effets synthétiques, prétendent au titre de ressuciteur/
dépoussièreur du Phoenix shoegaze à tendance new wave, eux s'imposent d'emblée comme un de ceux (avec A place to bury strangers, notamment) qui ne nous racontent pas des cracs (on se rappelle notre
déception au sortir du concert des Whites Lies) et donnent véritablement le change.
On est immédiament happé par un univers sonore très construit, au travail de shoegazing particulièrement raffiné, par des morceaux qui prennent le temps de commencer de manière lente et
mystérieuse, en mettant dos à dos beats électro et voix éthérée pour gagner progressivement en amplitude et en consistance.
La grande force de The Big Pink est de se démarquer de formations telles Schools of Seven Bells qui se complaisent dans une dream pop planante ,somptueuse et fouillée mais par trop lisse,
polie et contemplative, en enrichissant leur son de tonalités noise industrielles, de riffs puissants et de rythmiques à la fois entêtantes et robustes.
Oui, il y a quelque chose d'envoûtant et de prenant, mais d'une manière assez lourde, solide.
L'esprit s'évade et s'emporte mais les pieds et le corps demeurent bien ancrés dans le sol pour nous porter dans une danse à la fois rythmée et fiévreuse.
Le seul soucis, et quoiqu'on reste captivé de bout en bout, c'est que la cohérence de leurs morceaux tend à leur nuire et la fièvre initiale peut laisser la place à un sentiment de monotonie et
qu'on a, sur la fin, l'impression que le groupe cède à une certaine facilité en se tournant de manière sous-jacente vers une post power pop à la Placebo, efficace mais sans trop de relief.
Cette réserve, quoiqu'elle puisse apparaître pour le moins dure, n'entache toutefois pas le sentiment d'avoir fait, vraiment, une belle découverte.
The Big Pink, par sa maîtrise et sa faculté à brouiller les pistes entre l'enivrant et l'entraînant, entre le planant et la force se révèle terriblement prometteur et laisse à l'issue d'un concert
un public pour le moins galvanisé.