Nous

Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /2009 11:27

Concert de printemps, lundi pluvieux, journée chargée, donc une chronique forcément luxuriante, forcément subjective et forcément inspirée.


Soirée Folk–Pop au Nouveau casino, pourquoi pas, le programme parle de renouveau de familles d'artistes, de new weird america (whatever that means), de chanteuses habitées, et il dégouline de name dropping depuis Hope Sandoval, Vashti Bunyan, Kate Bush en passant par M83 ou Beck.

Par expérience, je sais que ce n'est jamais bon signe quand le name dropping des grand(e)s ancien(ne)s et les appellations ésotérico-machin se bousculent sur les descriptions.


Donc ce soir c'est voyage au pays de la grande famille de la folk.

Après le voyage au pays de l'acouphène et du bruit blanc de jeudi dernier. 


Ainsi dans la famille folk je demande le fils, cadet de la famille, rimeur autiste de chambre à coucher, bricoleur d'instruments. Ce fils, c'est Peter Broderick, un gars vêtu d'une chemise à carreau, qui a amené sur scène divers instruments, un effet delay très long et un copain roadie qui joue quelques notes avec lui.

Peter joue de la guitare, du violon et de l'orgue, il utilise la même technique que Le Chapelier Fou, c'est à dire qu'il se sample lui même pour créer les paysages sonores de ses chansons, pratique en cas d'autisme ou d'impossibilité à travailler avec d'autres musiciens. Les belles mélodies et la voix plutôt agréable bercent le public, et Peter nous gratifie de quelques jolis morceaux, et de quelques trouvailles sonores intéressantes (merci le stylophone -oui un stylophone- les synthés vintage et le sampling qui créent de belles nappes sonores). Le spleen de Peter nous emporte pendant quelques morceaux, nous berçant doucement, avant de décider tout à coup de nous réveiller en courant dans la salle muni de clochettes annonçant la fin de son concert. Une assez bonne mise en train après tout (surtout quand on voit ce qui va suivre).

On continue dans la famille folk, cette fois je demande la grande soeur, déprimée et célibataire, malheureuse comme les blés, et qui boit toujours trop. Lisa Papineau arrive sur scène, accompagnée de deux acolytes multi instrumentistes. Elle chante en grimaçant, un mélange entre Bonnie Tyler et Kate Bush.

Le programme parlait de trip hop, ou plutôt de textures trip hop, ce qu'il y a de bien avec le trip hop c'est qu'on peut vraiment tout lui mettre sur le dos, je suis sûr que même Brian Wilson à dû se déclarer trip hop un jour.

L'ensemble manque un peu de chaleur, ça en est même gênant parfois, lorsque Lisa fait des grand écarts sur scène et se lance dans des chorégraphies maladroites, on pense à nos copines dépressives qui viennent de se faire larguer, qui ont trop bu et qui dansent en titubant, sous l'oeil atterré de la foule de leurs amis bienveillants.  C'est un concert où on s'ennuie un peu mais il se termine heureusement assez rapidement. Après la chanson en français incompréhensible (je crois que ça parlait de cailloux), les remerciements débités avec une voix de robot, Lisa et ses copains quittent la scène.

Et là... le clou de la soirée.

Une longue pause, des types qui commencent à s'agglutiner devant la scène, et on se dit qu'il va se passer quelque chose.

Le groupe commence à s'installer sur scène, et bizarrement cette installation n'en finit pas, on se dit que par un mystère de la science on a été télétransporté dans la salle des fêtes de Corps-Nuds pour la fête de la musique avec Eagle Cry le groupe de synthpop local (ils sont émus car ils jouent juste après les Fake Lovers Can't Die et du coup ils arrivent pas à s'accorder et à installer le matériel sur l'estrade).

L'avantage c'est qu'on a le temps de regarder qui va jouer ce soir. On a un bassiste chevelu à look de hard rocker, après vérification c'est Jonas Haskins, un ancien membre du groupe mythique de drone Earth (je ne comprends pas ce qu'il fout là et lui non plus comme on le verra par la suite). On a un batteur chevelu vêtu en marin russe, coiffé à la dernière mode seventies. Un minet à mèche armé d'une guitare et de pédales d'effet qui vont nous offrir le feedback le plus long et le plus chiant de l'histoire. Et last but not least, Marissa Nadler, Marissa avec sa robe blanche, ses tatouages au bic, ses paillettes et son attitude de diva.

Donc pour continuer dans le jeu des familles, dans la famille folk, je veux la petite peste, enfant gâtée de la musique, qui cache une morgue et un mépris pour le public derrière une maladresse de bon aloi.

Le concert commence par trois morceaux où Marissa est seule avec sa guitare, avec ses guitares, ça tient du défilé de mode guitaristique là. On s'ennuie ferme, la voix est jolie mais les morceaux sont trop chargés, et l'émotion passe assez peu (selon moi). Enfin le groupe arrive, ils jouent une pop sympathique mais un peu mécanique, ils font le boulot mais on n'a pas de drive, on a l'impression qu'ils jouent pour la première fois tous ensemble. La guitare du gars à mèche buzze sans arrêt, ce qui a le don d'exaspérer Marissa qui roule des yeux et qui semble sans arrêt au bord de la crise de nerfs.

Un type en transe (!) dans le public parle de lui offrir des fleurs, elle répond que « flowers are for the dead » avec un sourire d'institutrice méprisante, bonjour la chaleur humaine.

Et bien sûr le moment de la reprise obligée arrive, et la victime du jour est Neil Young, la section rythmique hardrockeuse quitte la scène et Marissa reste seule avec l'autre gars, et nous livre une version dégueulasse (il n'y a pas d'autre mot) de After the gold rush.

Pendant cette nouvelle session acoustique, le bassiste et le batteur sont assis sur un coin de la scène et ont l'air assez peu concernés par ce qui se passe, plutôt ennuyés même, ils vont même chercher des bières.

Le concert se poursuit, la musique n'est pas si désagréable, mais il ne se passe pas grand chose, même le type bourré qui danse devant la scène a l'air de s'ennuyer et commence à entreprendre sérieusement sa voisine. Ca rame dur... Et je ne suis pas certain que le feedback en soit la seule raison.

Marissa nous dit « this is the last song unless you want to hear more but ***minaude, grimace, soupir*** », fausse alerte ! Ils rejouent encore quelques chansons, et finissent par leur meilleur morceau, une sorte de pop folk song vitaminée (enfin toutes proportions gardées hein), devant une audience clairsemée... Et c'est la fin, retour à la maison, et je me dis que j'ai bien fait de prendre beaucoup de notes, parce que je ne suis pas sûr de me souvenir de grand chose le lendemain.

Par Stéphane Gueguen - Publié dans : Chroniques de concerts - Communauté : webzine musical
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