Samedi 23 mai 2009
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Minutieux comme des chirurgiens, aussi droits et flegmatiques que des agents de la BNSC, les Californiens de Matmos ont pris ce vendredi soir les commandes au Café de la Danse pour nous embarquer dans un
univers acoustique singulier, pour un aussi déroutant que captivant voyage à travers les sons, les bruits, les ambiances.
Adoptant une posture qui tient autant du sérieux que de l'ironie, le duo- devenu trio pour l'occasion, va sur fond de VJing hétéroclite nous trimbaler durant un bonne heure dans leurs inventions
électroniques.
Ça démarre bruitiste, on les sait très emprunts par la musique concrète -ils ne manqueront, d'ailleurs pas, par la suite, de rendre hommage à Pierre Shaeffer.
Nous voilà d'emblée pris dans des sortes d'explosions cosmiques.
Ce n'est pas violent, c'est intrigant.
On craint un peu de s'ennuyer, puis très vite, on comprend qu'on a affaire à de fascinants esthètes sonores, pas le genre à nous contraindre à assister à leur masturbation expérimentale...
S'ils demeurent imperturbables tout le long de leur set, ils ne manquent pas d'échanger avec le public entre les morceaux et ce non sans humour, et l'un d'eux terminera même le concert dans la
salle en promenant,telles des lanternes musicales, les deux transistors qui lui ont servi durant tout le live.
De ce début acousmatique ardu, mais néanmoins réchauffé par l'usage de percussions lives (cymbales, triangles...), Matmos, toujours avec une force de suggestion massive, passera par des morceaux
plus abordables pour un public davantage rôdé aux concerts électro qu'aux conférences de l'IRCAM, utilisant samples, boucles et beats électroniques.
Plus abordables peut-être mais non moins riches d'expérimentations, captivants de trouvailles mais aussi de maîtrise.
Et puis, cette énorme force évocatrice... Les vidéos projetées y contribuent, certes, mais ce n'est que pour une infime part.
Nous voilà happés.
Des images, des ambiances nous viennent à l'esprit... Là, un jeu vidéo, ici, un film d'espionnage des années 70, là un marécage, ou bien encore une virée dans l'espace et les cieux étoilés.
Du macro au microcosme, Matmos explore et nous invite à défricher avec lui tout un monde, et même au delà d'un monde.
Tantôt conducteurs de navette spatiale à coups d'effets atmosphériques, tantôt charmeurs de serpents virtuels via des sonorités orientalisantes synthétiques, ou joueurs de bento
acousmates, et ce sans changer d'attitude, ils multiplient les rôles de guides.
Plutôt que d'être dérouté, on se laisse volontiers aiguiller même si l'on ne sait jamais où cela va nous mener.
Si le son est extrêmement pointu, calculé à la virgule près, il comporte cependant une bonne dose de surprise et de ludisme.
Avec un brio rare, une dynamique créative remarquable, Matmos a fait ce vendredi soir la démonstration qu'il est possible de conjuguer érudition et
esprit joueur, rigueur et sagacité acoustiques et pouvoir d'attraction sur les sens.
Par laure dasinieres
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Publié dans : Chroniques de concerts
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