Petite randonnée en métro entre la place d'Italie et Pigalle pour arriver à la Cigale. Et ce soir c'est soirée joie de vivre, puisque Sébastien Schuller se produit. Je dois avouer que j'ai un a priori assez négatif sur l'artiste, n'ayant écouté que quelques morceaux, et m'étant ennuyé ferme en entendant ses jérémiades. Vais je changer d'avis en le voyant en vrai? (le suspens est à son comble, réponse tout à la fin pour les impatients)
Entrée dans la salle, passage au bar pour la bière de début de concert. En entrant dans la salle on s'aperçoit vite que
la première partie est déjà en train de jouer. La demoiselle est seule sur scène armée de son banjo (couvert de scotch et qui a vécu on dirait), et elle hulule des balades, sans doute sur les
amours perdues et la mort de son petit chat. Elle a aussi des nattes géantes et elle doit avoir très chaud, la Cigale est surchauffée, très bonne isolation thermique. Pour résumer, pas vraiment
de regrets d'avoir raté le début.
Elle quitte la scène et le rideau rouge se ferme pour laisser le groupe de Sébastien Schuller finir de s'installer,
pendant ce temps accablés par la chaleur ambiante on se surprend à essayer de deviner ce qui se passe sur scène. Le rideau s'ouvre et le concert commence, ils sont cinq sur scène, un Sébastien à
casquette de teufeur donc, un bassiste ébouriffé, un guitariste à ticheurte footballistique, un clavier à ticheurte les Beatles et un batteur. La première chanson commence tout doucement avec la
voix haut perchée de Sébasiten Schuller, une introduction assez longue, et puis la montée hypnotique du morceau vers des sommets d'émotion...
Bon pour résumer la structure, bien connue de ToyBlaster, on commence doucement, en miaulant un peu et puis on fait
monter la sauce en ajoutant des éléments, pour finir en cognant, avec la section rythmique qui se déchaine (là pour le coup, le son de la basse est incroyable et le batteur est un tueur). En fond
de scène des vidéos illustrent les chansons, des vues de villes américaines, des voitures chromées roulant à vive allure sur des routes désertes, des vues de campagne... Ca occupe agréablement
l'oeil et invite au rêve pendant les chansons, parce qu'on ne peut pas dire que le groupe et son leader brillent par leur présence et leur charisme. Sébastien est un chanteur pour la tête et les
coeurs brisés, pas pour les yeux (ni pour les oreilles sur certaines chansons qui ressemblent à du vilain U2 me souffle mon âme damnée, mauvaise conscience du rock critic
méchant).
Les morceaux s'enchainent doucement, entre balades pop psychédéliques et instrumentaux enjôleurs; ils sont totalement
élastiques et manipulables à l'infini, on sent que le groupe peut les rallonger et nous emmener dans leurs rêveries assez facilement. Sur scène les musiciens touchent un peu à tout, le guitariste
joue de la trompette (je crois que c'est une trompette, en tout cas définitivement pas une harpe), le bassiste s'essaie au glockenspiel, ou au synthétiseur. Le clavier, lui, est vraiment très
content d'être là.
Avant de quitter la scène, ils jouent une très belle chanson, avec des vidéos de lumières et d'avions survolant la ville
en fond, et le moment où la chanson s'anime correspond à un avion qui s'envole (« comment c'est trop bien fait! » dit Marc Antoine, 18 ans, en réajustant sa mèche).
Dans la salle c'est l'orgie fellinienne (tiens mon ordinateur me propose comme correction -il ne connaît pas Fellini-
orgie stalinienne, quel con celui là...), une fille à demi nue danse sur place en roulant les yeux et les hanches et les garçons émus par la prestance du groupe se prennent à avoir des rêves
homo-érotiques; je ne peux pas jurer que c'est vrai, mais en tout cas c'est ce que j'ai cru voir entre mes paupières mi closes. Le groupe fait un peu semblant de quitter la scène (quelle
surprise), tout ça pour permettre à la section locale des supporters du M.S.B de crier et de trépigner un peu, le sol de la salle étant très sonore et peu être même monument historique, le
régisseur entreprend donc de ramener les musiciens sur la scène.
Et c'est reparti pour deux morceaux en plus (trois en fait, mais ça compte pas trop parce qu'ils l'avaient déjà joué). Le
groupe semble un peu plus détendu, le guitariste nous fait admirer toutes ses molaires et ils nous offrent des versions bien allongées des chansons, avec des montées et des descentes qui nous
emportent dans le monde de Sébastien Schuller. On est toujours hypnotisés par les films, là une sombre histoire de blés sous le vent, des sosies de Bambi et des nuages mystérieux. Et c'est la fin
du concert, sous les vivas du public que le groupe salue longuement. Et c'est presque à regret qu'on les voit partir.
En rentrant, après la bière de debriefing à la fourmi (où on peut payer par carte à partir de 5 euros), je me dis que j'ai bien fait d'aller à la Cigale ce soir, une très bonne soirée, et finalement une (re)découverte de Sébastien Schuller grâce à un live parfaitement mené et efficace.
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