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Jeudi 16 juillet 2009 4 16 /07 /2009 09:59
Alors que les hommages muséographiques à Andy Warhol se sont cette année multipliés, que le pop art se voit dénaturé à travers nombre de détournements plagiesques et grossiers, on a pu assister ce mercredi dans le cadre de Paris Quartier d’Eté à un hommage subtil et gracieux au « gourou » de la Factory par le duo Dean & Britta, ce en l’enceinte solennelle de l’Eglise Saint Eustache.

Dans les années 60, Warhol réalise des séries de Screen Tests des visiteurs de cette usine à rêves aux murs argentés...
Pour tous, un dispositif unique: un bout d'essai en gros plan et en noir et blanc, devant sa caméra 16 mm. Dans chacun de ces tests, la pose ne répond pas à des critères de mise en scène particuliers : le personnage est en général de face, sur un fond noir ou blanc, monochrome, il est en présence d’éclairages puissants, de préférence latéraux ou de face, en contre plongée. Le cadrage est très serré, on ne voit que les têtes des "sujets" se détachant sur le fond généralement blanc.
Presque des photomatons en mouvement, en somme... Le tout avec une projection de la bobine à 16 ou 18 images/minutes, ralentissement qui produit une sorte de suspension de l‘image, comme un flottement...
Se révèlent alors des regards, des doutes, des gênes, ou encore aussi bien ennui, préciosité, superficialité... Rires ou pleurs... Modestie ou arrogance... Force ou fragilité.

Si Warhol a réalisé plus de 500 de ces screen tests, la performance à laquelle nous avons assistée présentait comme son nom l’indique (et en référence à « The Most 13 beautiful women ») , treize de ces troublants portraits muets projetés sur grand écran.

Y figurent Richard Rheem, Anna Buchanan, Paul America, Edie Segdwick, Billy Name, Susan Bottomly, Denis Hopper, Mary Woronov, Nioi, Freddy Herko, Ingrid Superstar, Lou Reed, Jane Hozler...

Pour accompagner cette projection, disons d’ailleurs bien plus, pour lui donner un supplément d’âme et lui ajouter en magnétisme, la musique de Dean Wareham & Britta Phillips, anciens membres de Luna, jouée en live.

A chaque portrait, une chanson, toujours d’une formidable pertinence relativement aux rythmes et aux émotions suscitées par l’image.

Fort classieux, le son du duo- guitares, claviers, voix- s’ancre joliment dans des influences velvetiennes, sans forcément faire preuve d’une grande personnalité, mais en distillant un magnifique et onirique rock bluesy teinté de folk et d’éléctro et porté par un chant mixte aérien, gracieux et sobre.
On se laisse porter par ces sonorités planantes, tout en cherchant dans les regards des sujets des présages de ce qui sera pour beaucoup d’entre eux une fin tragique.

Car, bien sûr, bien plus que de mettre l’accent sur l’exhubérance et la folie de cette période, le dispositif semble insister sur la mélancolie, le trouble, voire le mal- être de tous ces personnages, un peu perdus,  en quête de célébrité et de reconnaissance.

Là où l’on aurait pu redouter un spectacle poseur et arty, on se retrouve face à un projet qui tout en modestie s’impose en majesté, le lieu renforçant évidemment cette impression.
Et l’on ressort à la fois apaisé, remué et déconcerté.
Dean et Britta réitèrent l’expérience ce soir et demain et proposent ce samedi à la dynamo un autre de leurs projets « Dean & Britta play the Galaxy 500 songbook » à la Dynamo de Pantin.

Par laure dasinieres - Publié dans : Chroniques de concerts - Communauté : webzine musical
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