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Vendredi 14 août 2009 5 14 /08 /2009 15:13

Découvrir Alexander Tucker sur scène est au départ déroutant.
Discret, presque renfermé, assis seul sur sa chaise au milieu de la scène, on le dirait seul dans sa chambre avec son quatre-pistes et son chat.
Mais devant l'incroyable énergie de sa musique, on se rend compte qu'il est simplement très concentré. Car à lui tout seul ce curieux musicien aux airs de hippie barbu déclenche des phénomènes sonores d'une dimension impressionante.

Ses armes favorites sont l'attirail de la plupart des artistes folk moderne : guitare acoustique, pédale de loops permettant de se sampler et d'empiler les boucles d'instruments et de chant. Ajoutez quelques effets bien connus de l'histoire du rock, distorsions, réverbs et filtres, et on reste en terrain connu.
Mais Alexandre Tucker, ce n'est vraiment pas juste un autre artiste folk qui fait des ballades minimalistes un peu tristes en prenant des poses.

Car avec ces outils à priori banals, Mister Tucker fait purement et simplement de la magie.
Ses mélodies faussement naïves se retrouvent doublées de nappes profondes, avec tellement de feedback que la salle (et nous avec!) tremble.
Sur cette fondation, il jette quelques arches aeriennes, des choeurs étranges, tellement harmonisées et filtrées qu'on ne sait plus d'où elles viennent, voix d'anges fous ou d'enfants de cauchemar.

Quand le volume est tellement fort et que la moitié de la salle se bouche les oreilles, soudain le calme...et une petite mélodie simplissime, sereine, pour quelques minutes de ballade presque Bluegrass.
Mais quand il sort son archet et une sorte de banjo électrique, on sait qu'il mijote encore une recette diabolique. Plié en deux sur sa chaise pour atteindre les boutons de ses pédales, il les manie avec brio et transforme avec une grande précision ses compositions les plus simples en moments de déchainement tellurique.

On se disait que sa manière de composer ses mélodies évoquait tout le spectre de la folk music américaine, on y sent la Bluegrass et la Country. La force de Alexander Tucker est de savoir allier ses racines folk avec une énergie moderne et unique.

 Mais ancore une fois, il est riche en références. Car sa démarche, sa manière d'utilise les effets, en particulier d’user des réverbérations, échos et boucles de feedback ne nous est pas inconnue.

Elle prend ses racines aux sources du mouvement hippie. En effet, le collectif The Merry Pranksters, pères fondateurs du mouvement psychédélique, menés par Ken Kesey, sont les inventeurs de ces effets sonores. Il les inventèrent en bricolant des magnétos à bande et inventèrent le son rock psyché. Ils fabriquaient à la main d'improbables installations en reliant en boucles de nombreux lecteurs de bandes, microphones et hauts-parleurs dont les boucles sonores s'amplifiaient et se distordaient à l'infini (certes ile ne buvaient pas que de l'eau). Parmi eux se trouvaient les musiciens qui allaient devenir les Grateful Dead. (cette histoire est brillament racontée par Tom Wolfe dans son célèbre  "The Electric Cool Aid Acid Test")

C'est cette même énergie créative débridée que nous offre Alexander Tucker, mais avec une maîtrise elle toute moderne. Le résultat est une expérience sonore d'une grande beauté.
Par Peter K. - Publié dans : Chroniques de concerts - Communauté : webzine musical
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