Nous

Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /2009 17:43
Naïve New Beaters, Chinese Man, Beat Torrent... Le programme de cette soirée de clôture du festival FNAC indétendances donnait le ton d'une certaine gaudriole hype: "bouge ton corps, fais comme si tu étais sur une plage d'Ibiza à cinq heures du mat', have fun baby! "

Nous, le groupe que l'on attendait, c'était le duo belge Soldout placé en ouverture.
Arrivée pour vingt heures pile (on salue au passage les organisateurs et roadies du festival, hypercompétents et ponctuels), le concert vient de commencer...

Un son à la fois froid et glamour, sensuel, électrique et sombre, aussi mature que fougueux nous capte les oreilles: Soldout entame son premier morceaux.
On imagine déjà ceux qui sont venus pour le trio coloré et rigolotement hype NNB tromper leur désespoir dans le whisky coca... On les voit d'ailleurs se regrouper à la scout en attendant que l'orage qui envahit la scène s'apaise...
Le noir est mis et ceux qui réclament de la couleur festive sont déçus...Tant pis pour eux, cette légère maladresse de casting nous fait bien plaisir.

Nous, on est déjà happé, et attiré comme mouches jusqu'au devant de la scène par un son magnétique et enivrant.
Si le duo use des outils électro, synthés, pad & co, c'est pourtant pour produire des morceaux qui bien que marqués par de longues plages synthétiques et des beats toniques, s'ancrent davantage dans une famille rock, lipstick trace, slim noir et t-shirt lacéré, celle de The Kills, par exemple.
Négociation voire combat constant entre aspirations danceflooresques et agressivité punkisante, Soldout peut dérouter par un son qui travaillé et sophistiqué ne se révèle pas moins aride, sec et tranchant.
Des chansons comme des couloirs méandreux et obscurs dans lesquels on court et contre les murs desquels on se cogne et s'explose la tête, parfois illuminés par des refrains accrocheurs et des mélodies catchy.
La violence et l'excitation exaltées sont contrebalancées par le chant assez "propre sur lui", presque trop gentil, de Charlotte. Elle ose le cri, la provoc mais demeure assez sage et contenue. On ne sait pas trop si c'est un défaut ou une qualité. On voudrait sa voix parfois plus sauvage et plus dégoulinante. Mais quand elle hurle "I Don't want to have sex with you" (tiré de leur premier album), on devine qu'elle fait preuve d'un sacré tact pour négocier avec l'art de la provoc' et que ces manières n'ont rien de prévenantes ou douces, et qu'elle est bien habitée par une urgence, une fureur.
David se déchaîne derrière ses machines. Fiévreux et emporté, il ne nous laisse pas une seconde de répit même quand le chant se calme. Les rythmiques produites, dark, complexes, sagaces, sinueuses, touchent autant le corps que l'esprit. On tilte un peu quand il s'attarde sur des sonorités clappements par trop 80s ou sur des casiosounds vains. Cela ne gâche pourtant pas la classe, la force et la profondeur qui émane de l'ensemble...
Ainsi, si la férocité semble parfois un rien trop freinée, si l'on voudrait que cela explose davantage, Soldout ne fait pas dans la dentelle, tranche, lacère et vitupère, nous injecte une forte dose d'adreline (un rien cocaïnée). Quand on aime que la musique nous fasse violence, il est bien difficile de ne pas se laisser convaincre...

photos
gregory derkenne
Par laure dasinieres - Publié dans : Chroniques de concerts - Communauté : webzine musical
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